Lecture de Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?, de Maud Simonet

Couverture de Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?

Ce livre m’a surprise. Au regard du titre, je m’attendais à une exploration systématique (ou aussi systématique que possible) de différentes formes de travail gratuit, basé soit sur une série de témoignages (sur le modèle des intellos précaires, qui est le modèle que j’avais en tête) soit sur des réflexions plus théoriques sur l’intrusion de la gratuité dans le travail (salarié). Le livre, assez court, prend cependant une troisième voie, intermédiaire, et fortement structurée par la conceptualisation de ce qu’est le travail gratuit. En effet, comme le souligne les exemples de travail gratuit étudiés par l’autrice dans les différents chapitres (exploitation des capacités des utilisateurices pour faire avancer la numérisation d’ouvrages par le recaptcha, entretien par des bénévoles de parcs municipaux, service civique réalisé en association…), ces activités sont souvent niées comme travail, par les affects qu’elles suscitent (elles seraient faites par plaisir) ou le cadre dans lequel elles se situent (association, stage, etc.). Pour contrer ces arguments, l’autrice se base sur la critique féministe de ce qui est selon elle l’archétype du travail gratuit : le travail domestique. Après une synthèse très stimulante et précise des débats autour du travail domestique parmi les féministes des années 1970 (qui s’adossent sur la pensée marxiste), l’autrice reprend à son compte une des conclusions de ces réflexions, à savoir que ce n’est pas la nature de la tâche ni la non-rémunération qui font le travail domestique, mais son appropriation par autrui. L’autrice tente dès lors de démontrer que les exemples qu’elle développe (heures de bénévolat posée en condition ou en contre-partie possible de la perception d’allocations par des personnes précaires, stages, etc.) ne sont pas du travail gratuit en soi, mais ils le deviennent lorsque ces activités sont construites et envisagées comme un marche-pied dans l’emploi. Elle critique notamment l’argument selon lequel si cette activité est choisie (et non imposée), il ne s’agit pas de travail ; puisqu’une personne peut s’impliquer « volontairement » dans une activité bénévole ou non-rémunérée si elle a l’impression que c’est la seule manière pour elle d’entrer dans l’emploi rémunéré. En conclusion, l’autrice propose l’étude de deux « scénarios » pour faire disparaitre le travail gratuit.

La brièveté du livre empêche l’autrice de faire un examen plus systématique des différentes situations de travail gratuit, ce que je regrette. Cependant, il est stimulant, érudit et chacun des types de travail gratuit fait l’objet d’un examen approfondi et rendu concret par l’emploi d’exemples empiriques. J’ai particulièrement apprécié les chapitres sur le travail domestique, qui sont une excellente synthèse des courants marxiste et matérialiste du féminisme.

Pour aller plus loin

Recension pour la Nouvelle revue du travail
La fine limite entre le travail gratuit et l’exploitation : l’essai de Maud Simonet
22h05 rue des dames
EPS et société
Le monde diplomatique
Contretemps : extrait

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