Qui sont les pères en congé parental – quelques chiffres

Comme vous le savez ou vous vous en doutez, les pères en congé parental sont une minorité en France. Quelques chiffres pour se faire une idée : en 1992, lors de la première enquête statistique menée en France sur le congé parental d’éducation, plus de 98% des bénéficiaires étaient des femmes. Dix-huit années plus tard, la proportion d’hommes bénéficiaires n’a guère évolué : il y a 15% de parents prenant un congé parental à temps plein suite à une naissance, 2% des pères en 2010 (contre 28% des mères). Même constat concernant les allocations parentales qui peuvent être associées à ce congé : parmi les bénéficiaires de l’Allocation Parentale d’Education (APE), 2% sont des hommes en 2002, ils sont 3,7% parmi ceux du Complément de Libre Choix d’Activité (CLCA) en 2012.

Il est difficile d’établir un « portrait-type » du père en congé parental aujourd’hui en France car les données manquent et le profil des bénéficiaires varie énormément en fonction des conditions pour bénéficier du congé parental (et de son indemnité). Petit retour en arrière : en 2004, Danielle Boyer et Sonia Renouard publient une recherche approfondie sur les hommes bénéficiaires de l’APE. A ce moment-là, l’allocation ne peut être prise que pour les familles ayant deux enfants ou plus. Les caractéristiques des pères en congé parental sont claires : il s’agit d’hommes qui appartiennent aux catégories socio-professionnelles (CSP) « ouvriers » et « employés » (comme les mères bénéficiaires de l’APE), qui gagnent moins que leurs conjointes. Ainsi, dans les couples où les conjoints appartiennent aux catégories « ouvriers » et « employés », étant donnés le coût des modes d’accueil et leurs niveaux de salaire, le conjoint ayant le plus petit salaire était susceptible de s’arrêter pour s’occuper des enfants (en général la mère, mais aussi parfois le père).

Or, en 2004, l’APE est transformée en Complément de Libre Choix d’Activité (CLCA). Loin d’être un simple changement de nom, c’est aussi une transformation des conditions d’accès : elle s’ouvre aux familles n’ayant qu’un enfant (pour une durée de six mois) et l’indemnité à taux partiel (c’est-à-dire pour des parents travaillant à temps partiel) est revalorisée. Les profils des bénéficiaires (féminins) se diversifient : une part plus importante de femmes « cadres » ou appartenant aux « professions intermédiaires » commencent elles aussi à prendre un congé parental (selon Berger, Chauffaut, Olm et Simon, et Marical). Si nous n’avons pas de chiffres sur les pères bénéficiaires pendant cette période, on peut faire l’hypothèse qu’il y a eu une diversification des profils masculins également. Notons que les hommes bénéficiaires du CLCA en 2012 sont plus nombreux que les femmes à prendre cette allocation à temps partiel, et qu’ils sont souvent en couple avec une femme qui a également pris le CLCA.

Au niveau des statistiques en France, on en est là. Par contre, on peut relever quelques traits caractéristiques des pères en congé parental à l’international. Selon des enquêtes menées en Suède (selon Elwert et Månsdotter et ali.), en Finlande, en Allemagne (Geisler et Kreyenfeld, et Reich) et au Canada, on retrouve un peu partout le même profil : ils sont généralement diplômés du supérieur, appartiennent aux classes moyennes et supérieures, travaillent dans le secteur public ou dans de grandes entreprises et sont en couple avec des femmes qui ont un niveau de revenu similaire ou supérieur au leur.

Pourquoi une telle différence entre les pères bénéficiaires de l’APE qui appartenaient plutôt aux classes populaires et les pères en congé parental à l’international qui appartiennent plutôt aux classes moyennes et supérieures ? A priori, la différence de l’indemnité : dans les pays évoqués plus haut, le congé parental est généralement indemnisé à hauteur de 70% du salaire, alors que l’APE était de 493 euros au moment de l’enquête de Danielle Boyer et Sonia Renouard.

Or, selon une enquête menée auprès de la majorité des pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), « le recours au congé parental est essentiellement effectué par les femmes. La durée du congé ainsi que sa rémunération influencent toutefois le comportement des hommes. Peu d’hommes font usage de leur droit au congé parental si celui-ci n’est pas rémunéré, ou qu’il l’est faiblement avec un montant fixe. Une rémunération proportionnelle au salaire accroît, en revanche, la proportion des hommes à y avoir recours, pour une durée limitée. […] L’existence d’une période de congé strictement réservée aux pères, accordée sous la forme de quota ou de bonus, comme cela est pratiqué par exemple en Suède, exerce également un effet positif sur le taux de recours ».

Ainsi, si on a pour objectif qu’il y ait davantage d’hommes qui prennent un congé parental, ces derniers ne doivent pas trop y perdre en termes économiques. Attention cependant à l’usage des indicateurs. Dans les médias français, on présente souvent la Suède comme la championne de l’égalité homme-femme, par exemple en ce qui concerne les congés parentaux. De fait, en 2005, les hommes représentent 44% des bénéficiaires de l’allocation parentale (on est loin des 2% français à cette période). Cependant, si on regarde d’un peu plus près, on constate que leur part dans les jours indemnisés n’est que de 20%. Ainsi, les pères suédois font un usage différent des mères de leurs jours de congé, en prenant un jour par semaine par exemple ou en prenant leur congé parental pendant l’été.

Et du côté des pères français, quels sont les freins ? Selon une enquête récente de l’INSEE, 54% des pères qui n’ont pas pris de congé parental auraient pu être intéressés, mais ils y ont renoncé parce qu’ils craignaient que cela leur cause des problèmes dans leur travail ou leur carrière (30% des pères qui auraient pu être intéressés, contre 16% des mères) et qu’ils ne remplissaient pas ou pensaient ne pas remplir les conditions requises (30% des pères qui auraient pu être intéressés, contre 36% des mères). La faible indemnité ne vient qu’en troisième position (22% des pères qui auraient pu être intéressés, contre 44% des mères). Certes, il ne faut pas exagérer l’importance de ces chiffres : sur ces 54%, combien se sont concrètement projetés ou ont discuté avec leur conjointe de l’opportunité de prendre un congé parental ? Cependant, la différence dans les réponses entre les hommes et les femmes concernant la peur des risques professionnels à prendre un congé parental mérite d’être notée : si le choix des modes d’accueil d’un enfant en bas-âge (et le choix de prendre un congé parental pour le garder soi-même) est présenté comme une affaire de couple, voire même d’individu, il ne faut pas oublier le rôle des structures (notamment professionnelles) dans cette décision.

A lire aussi : ce qu’impliquerait un congé parental plus long et mieux payé

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