De l’art de commencer des carnets

J’adore les articles de papeterie. L’offre commerciale (du moins en boutique) me fait bien sentir combien je suis ringarde : les beaux carnets sont généralement réduits à portion congrue dans les papeteries et le papier à lettre inexistant (ou hors de prix). Je collectionne les cahiers, et rien ne me met en joie comme entamer un nouveau calepin et sentir l’odeur du papier neuf.

La multiplicité de l’offre dans mon placard me rend extrêmement pointilleuse : un carnet adapté pour chaque chose. Il doit avoir la bonne taille, le bon nombre de pages et la bonne couverture pour l’usage qui lui est destiné. Je ne peux pas prendre un cahier luxueux pour un brouillon. Je ne peux pas prendre un fascicule de 200 pages pour un journal de voyage de deux semaines.

Les formats et les thèmes créent des affinités électives. Mes journaux de recherche doivent avoir le même format. Deux carnets d’une même série ne peuvent pas être affectés à des usages ou des sujets différents. J’aime compartimenter, découper mes projets dans des carnets.

Je suis le genre de personnes qui n’est pas encore passée à l’ère numérique. Je préfère écrire sur du papier, avant de taper le texte à l’ordinateur, et je prends beaucoup de notes manuscrites, sur ma vie, mes réflexions, mes lectures, je fais des plans, des todo lists, des plannings. J’écris des lettres et des nouvelles. Je recopie des citations.

Mais le problème avec les cahiers, c’est qu’il est plus rapide de les acquérir que de les remplir, et plus rapide de les commencer que de les finir. J’ai des tonnes de carnets neufs dans mon armoire, qui attendent que je leur trouve un usage approprié, des tonnes de carnets entamés autour de mon bureau, vestiges de projets abandonnés ou en suspens, ou dont l’organisation ne me convient plus,  évidemment, je ne peux pas utiliser les pages restantes pour écrire autre chose, ce serait sacrilège, des carnets qu’on m’a offert et que je n’aurais pas choisis. Des carnets dont je ne sais pas quoi faire parce qu’ils sont trop épais. Des carnets dont je ne sais pas quoi faire parce qu’ils sont trop petits. Des carnets que je répugne à utiliser parce qu’ils ne sont pas lignés. Des carnets qui sont trop beaux pour être entamés. Des carnets remplis dont je voudrais me séparé mais dont je n’ai pas encore dupliqué le contenu dans un traitement de texte.

J’ai trop de carnets. Mais je suis incapable de leur résister.

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