Lecture de Chez soi, de Mona Chollet

Chez soi

J’avais écrit à propos de Des bibliothèques pleines de fantômes que j’avais eu le sentiment de rencontrer par ce biais une âme amie. Comble de la chance, j’en ai rencontré une deuxième cette année. Je connaissais déjà Mona Chollet par son ouvrage Beauté fatale, un essai édifiant sur la façon dont les injonctions à la beauté et concernant plus largement le corps qui pèse sur les femmes servent à les contrôler et à limiter leur capacité d’agir.

Dans un sens, ce nouvel ouvrage porte également sur un domaine « typiquement féminin » : le foyer. L’ouvrage commence par une ode aux casaniers, trop injustement décriés. Evidemment, je n’étais pas chez moi quand j’ai commencé à le lire, mais en vacances avec un ami. Etant moi-même une casanière convaincue et ayant eu des difficultés, peut-être pas à le faire comprendre à mon entourage, mais au moins à faire reconnaitre (à mes propres yeux et à ceux des autres) cette disposition d’esprit ; j’étais très enthousiaste en lisant cette réhabilitation des gens qui se sentent bien chez eux et j’en ai lu un passage à mon ami d’un ton fébrile, qui m’a jeté un regard l’air de dire « tu es de parti-pris ». C’est totalement vrai. J’affirme néanmoins que cet ouvrage est de qualité, et digne d’être lu, même pour les globe-trotteurs et les gens atteints de bougeotte.

Le livre se poursuit en une délicieuse promenade historique, culturelle et de réflexion critique et politique autour de l’habiter, dans toutes ses dimensions (ou du moins, je me plais à le croire) : l’urbanisme, l’architecture, l’aménagement et la décoration d’intérieur, la vie quotidienne et les tâches domestiques, la domesticité, le marché du logement et ses conséquences, la vie à deux ou la vie tout seul, ou encore l’impact que représente l’entrée d’Internet dans le foyer (en termes de temps disponible et de solitude)… Evidemment, pas de réflexion sur l’espace sans réflexion sur le temps. Mona Chollet aborde également la question du rapport au temps dans une société du salariat. L’auteure entrelace anecdotes personnelles et d’autres tirées de ses lectures (œuvres de fiction, carnets de voyage, essais, blogs, …) ou de documentaires, jamais gratuites, toujours éclairantes, parfois poétiques, parfois suscitant l’indignation.

L’ouvrage est extrêmement bien écrit, drôle, incisif, érudit et déploie une réflexion convaincante concernant l’injustice des conditions d’habiter des foyers aux revenus les plus modestes, ou de ceux sans-logement, des « nouveaux domestiques », mais aussi les conséquences regrettables de la société de consommation sur les manières d’habiter. Ce livre articule donc plusieurs échelles, de l’individu à la société occidentale dans son ensemble (ou en tant que système).

Je n’ai jamais adhéré à une certaine rhétorique communiste (le prolétariat contre les patrons, le capitalisme comme système d’oppression…), je ne voyais pas trop ce que cela avait à voir avec moi ou avec le monde dans lequel je vis. Cependant, ce livre m’a ouvert les yeux sur certains mécanismes sociétaux qui oppressent les individus, et je l’ai fermé avec un sentiment de révolte salutaire et l’envie de croire à certaines utopies. Ce livre n’est pas seulement plaisant et intéressant. Il donne aussi envie de changer les choses.

Plutôt que de tenter de résumer l’ouvrage, au risque de lui faire perdre  sa substance, je préfère livrer ici quelques morceaux choisis. L’intégralité de l’ouvrage est disponible sur le site de la maison d’édition Zones, même si je ne saurais trop vous encourager d’en faire l’acquisition, ne serait-ce que pour pouvoir le savourer tranquillement sur votre lit, votre canapé ou sur tout autre espace de lecture de prédilection au sein de votre domicile (ou ailleurs, si vous êtes adepte de l’ironie).

On n’a pas le droit d’habiter sa maison, sous peine de se heurter à une censure immédiate. On n’a le droit que de la consommer. On retrouve là le double standard moral dont notre société est prisonnière : dureté envers soi-même, exigence de rendement, mortification et sacrifice dans la plupart des domaines de la vie ; satisfaction immédiate de tous les désirs, réconfort et consolation dans le seul domaine de la consommation. […] Curieusement, l’investissement obsessionnel des produits proposés à notre convoitise, les pouvoirs presque magiques prêtés à la consommation cohabitent assez bien avec un vieux fond chrétien de condamnation du matérialisme.

Sur un blog, je tombe sur un texte signé d’un mystérieux « Institut de la conscience précaire » et intitulé « Nous sommes tous très anxieux ». Il développe la théorie selon laquelle « chaque phase du capitalisme est marquée par un affect qui le maintient en vie ». Cet affect prédomine jusqu’à ce que des forces contestataires en prennent conscience et le désignent comme l’ennemi. Au XIXe siècle et jusqu’à la moitié du XXe, c’était la misère. Le mouvement ouvrier l’a dénoncée, obtenant un grand nombre d’avancées sociales. Puis, au cours de l’après-guerre, l’ennui a pris le relais (ce qui ne signifie pas pour autant que la misère avait cessé d’exister) : les travailleurs jouissaient de la sécurité de l’emploi, mais leur vie n’avait pas de sens ; ce contre quoi s’insurgea, par exemple, l’effervescence de Mai 68. Au XXIe siècle, c’est l’anxiété (ce qui ne signifie pas que la misère et l’ennui ont cessé d’exister). Une anxiété produite par la précarité, par la surveillance généralisée, mais aussi « par l’exposition, délibérée et intentionnelle, de notre consommation visible de points de vue choisis dans le champ des opinions possibles sur les médias sociaux, à l’heure où des alter ego virtuels s’observent continuellement ».

Célébrer les mille et une ressources et l’inventivité de ceux qui s’arrangent le moins mal possible avec leurs conditions d’existence ; les persuader qu’ils ne sont pas les dindons de la farce, mais les pionniers d’un mode de vie plus écologique et plus convivial ; vanter la redécouverte des plaisirs simples : un procédé classique. En 2009, après l’éclatement de la crise financière, les magazines français avaient multiplié les articles annonçant « le temps des consomalins » (Le Nouvel Observateur) ou proposant le « guide des nouvelles combines » (Le Point). La presse américaine regorgeait d’odes à la « frugalité » ; le New York Timesprésentait à ses lecteurs les « Supermamans frugales » (« Frugal and fabulous moms ») de Springfield, Virginie. Confronté à la crise économique la plus grave depuis celle de 1929, contraint d’éponger les dégâts causés par l’avidité et l’irresponsabilité des banques, le citoyen ordinaire se retrouvait dans une panade sans nom. Qu’importe : les médias l’invitaient unanimement à voir le bon côté des choses, à biner son potager, à s’adonner aux joies du covoiturage, à pratiquer le « yoga du rire » et à « modifier son monde mental » – à défaut de modifier le monde réel. […]

En plus de se montrer prudent, voire frileux dans ses choix de vie, puisqu’il a un crédit sur le dos, un aspirant propriétaire fera un citoyen moins revendicatif. Pouvant compter (ou croyant pouvoir compter) sur son patrimoine, il se désintéressera d’autant de la progression de son salaire. Il s’inquiétera moins qu’un autre d’une énième réforme des retraites qui aboutit à allonger encore la durée de cotisation et à amputer les pensions. La promotion forcenée de l’accès à la propriété correspond donc aux exigences pratiques du libéralisme ; mais elle correspond aussi, plus largement, à l’individualisme hystérique qui caractérise sa vision du monde. Son présupposé le plus fascinant tient dans cette idée que l’on pourrait rechercher le bonheur tout seul, en se retranchant de la société, en faisant sécession. Toute l’œuvre d’Ayn Rand (1905-1982), idole de la droite américaine et romancière immensément populaire aux États-Unis, s’acharne à étayer cette conviction, que l’expérience ne cesse pourtant de démentir.

Pour y croire, il faut être très aveuglé par l’idéologie, ou très naïf, ou les deux. Il faut sous-estimer dramatiquement les voies par lesquelles l’atmosphère du monde dans lequel on vit nous rattrape jusque dans ce que l’on croit avoir de plus intime, la manière dont elle influe sur nos pensées, sur notre bien-être. De fait, on connaît surtout la façon dont le désarroi général, la montée des injustices et du ressentiment peuvent nous miner : on a davantage d’occasions de l’expérimenter. Il en naît une exaspération qui nourrit un cercle vicieux, car elle semble justifier en retour la défiance et l’individualisme. On mesure mal à quel point, à l’inverse, une atmosphère égalitaire et pacifiée contribuerait à notre bonheur. On a du mal à comprendre l’importance, pour son propre confort mental, non seulement d’être soi-même bien logé, mais de savoir que les autres le sont. La jeune fille qui, à Hong Kong, visitait un placard proposé à la location y a finalement passé trois nuits, avant de retourner chez des amis qui pouvaient l’héberger. En s’en allant, elle était soulagée de quitter ce trou à rats, mais, disait la journaliste en voix off, il n’était « pas sûr qu’elle dorme bien pour autant » la nuit suivante. Même si elle n’avait eu avec eux que des échanges furtifs, elle ne parvenait pas à oublier les autres résidents : « Quand je suis partie, j’ai eu l’impression de les laisser dans un enfer. »

En 2001, un groupe d’intellectuels et de militants proches du Parti communiste français, venant pour certains des associations de chômeurs, avait avancé l’idée d’un « service public du logement ». L’accès gratuit et universel à l’école et aux soins médicaux, rappelaient-ils, paraît aujourd’hui naturel à la plus grande partie de la population. Ces conquêtes historiques, si attaquées et imparfaites soient-elles, ont « profondément adouci, solidarisé et humanisé la société » ; elles ont « élevé le niveau moral et politique du pays ». Il était donc temps à leurs yeux de lancer la bataille pour imposer la même évidence au sujet du logement. Ils imaginaient un service public ouvert à tous, sans conditions de ressources. Les bénéficiaires cotiseraient à un « compte d’accès à l’usufruit ». Une fois que la somme de leurs versements aurait atteint la valeur de leur logement, ils cesseraient de le payer et en conserveraient la pleine jouissance, mais ils ne pourraient ni le louer ni le revendre. Ils assumeraient collectivement les charges et l’entretien. S’ils devaient déménager, en raison, par exemple, d’une naissance, d’une séparation, d’une mutation, du départ d’un enfant, les versements déjà effectués seraient pris en compte. Si, durant certaines périodes, ils étaient confrontés à une baisse de leurs revenus, ils ne pourraient pas être expulsés. Ce n’est là qu’un exemple de ce que l’on peut inventer, mais il dessine déjà une solution bien plus susceptible d’apporter la sécurité qu’un crédit sur vingt-cinq ans. Une solution qui présenterait en outre l’avantage de soustraire la fixation des prix au marché et de ne pas enrichir une banque au passage.

Étant donné le genre de représentations qui traînent dans les têtes, une telle proposition, comme toutes celles qui impliquent la notion de service public ou de gratuité, suscitera immanquablement des cris d’orfraie et des déluges de sarcasmes. On accusera ceux qui la formulent de vouloir une société d’« assistés » ou de rêver d’un univers à la soviétique, rendu grisâtre et uniforme par la dictature de l’égalitarisme. Et, en effet, comment ne pas comprendre cet attachement à notre monde bigarré et joyeusement diversifié, où les uns expriment leur personnalité en faisant empailler leur chihuahua mort pour l’exposer sur le piano, comme Jackie Siegel, et les autres, en calligraphiant avec une admirable créativité « J’AI FAIM » sur un bout de carton ? Qui oserait courir le risque de compromettre de pareilles avancées civilisationnelles ?

Pendant des années, j’ai retiré de mon emploi tout ce qu’il y avait à en retirer : l’immense réconfort de la sécurité matérielle ; le plaisir d’aller chaque matin retrouver ma place dans une équipe ; la satisfaction d’améliorer ma culture politique et ma connaissance du monde. Ce boulot m’a socialisée, civilisée. J’en avais besoin. Mais, depuis quelque temps, il se produit comme un retour de balancier. Je m’essouffle. Ayant eu la chance fragile, jusqu’ici, d’expérimenter le salariat sous sa forme sans doute la plus clémente – un travail qui a du sens à mes yeux, dans un environnement enrichissant et un cadre agréable –, je peux distinguer lesquels de ses inconvénients lui sont absolument consubstantiels, par opposition aux fléaux dont il s’accompagne trop souvent (sentiment d’absurdité ou d’inutilité, pénibilité physique, harcèlement de la hiérarchie ou des collègues). Ce découpage du temps qui, au début, m’avait fait du bien, je le vis comme un carcan. Je n’aime pas la séparation sournoise d’avec moi-même qu’il induit, l’exil dans lequel il me maintient. Peut-être parce que j’ai connu autre chose, je panique à l’idée que cette course de haies que sont mes semaines va continuer pendant encore vingt ans. Je partage le constat effaré d’Oblomov durant la courte période où il fait l’expérience de la vie de bureau : « À peine avait-on liquidé une affaire que déjà on en entamait rageusement une autre, comme si le salut de l’Empire en eût dépendu. Et pourquoi ? Pour l’oublier aussitôt terminée, et se jeter sur une troisième affaire. Bref, cela n’avait jamais de fin. » Ce qui l’amène à répéter : « Mais quand donc a-t-on le temps de vivre ? Quand donc a-t-on le temps de vivre ? » Pourtant, lui aussi travaille dans de bonnes conditions : « Il en vint ainsi à souffrir, à craindre, à vivre dans la détresse, même sous les ordres de ce chef doux et condescendant. »

J’ai les moyens d’acheter des livres, mais moins de temps pour les lire. En contemplant les piles qui encombrent l’appartement, j’essaie d’évaluer de combien leur volume dépasse déjà la somme de temps que j’aurai jamais à leur consacrer. Je découvre avec soulagement qu’en japonais il existe un mot pour cela : tsundoku (« acheter des livres et ne pas les lire ; les laisser s’empiler sur le sol, les étagères ou la table de nuit »). Auparavant, aucun essai ne me semblait trop ardu si le sujet m’intéressait : je m’installais à la table du salon et je laissais les heures s’écouler sereinement, soulignant avec soin les passages marquants au crayon et à la règle. En protégeant ma concentration, la pièce autour de moi semblait me seconder dans mes efforts et partager l’émerveillement des révélations qu’ils me valaient. Désormais, la journée ayant épuisé mon énergie intellectuelle, je suis trop fatiguée le soir pour faire autre chose que regarder des séries télévisées. J’aime beaucoup les séries, mais je reste à la porte des révélations. Et un peu à la porte de chez moi aussi. […]

À moins d’une de ces dispenses que la société distribue avec de plus en plus de parcimonie, tous doivent se soumettre au même régime : celui d’un strict découpage du temps. C’est cette contrainte qui stérilise nos vies ; c’est elle qui, parmi une multitude d’autres effets, rend impossible la pleine expérience de la maison et de ses vertus. Nous l’avons intégrée comme une fatalité, alors qu’elle résulte d’une longue évolution. […] Le quadrillage et la confiscation du temps correspondent à une volonté d’exploiter la main-d’œuvre aussi complètement que possible.

La solution qui me paraît la plus stimulante et la plus convaincante reste cependant celle du revenu garanti, qui consisterait à attribuer à chaque individu, tout au long de sa vie, une somme mensuelle suffisante pour vivre. Pour cela, ce revenu, dans la conception que l’on s’en fait à gauche, devrait s’accompagner d’un renforcement des services publics et de la protection sociale existante. Versé sans condition ni contrepartie, il serait cumulable avec un travail rémunéré. Ainsi, on pourrait refuser les emplois qu’on jugerait trop mal payés, sans intérêt ou franchement nuisibles, et se consacrer plutôt à des activités non économiques, mais essentielles à son propre bien-être et à celui de la société. Redevenir maîtres de leur temps et de leur travail représenterait sans aucun doute un immense soulagement pour un grand nombre de gens, tel cet ingénieur qui clamait sur son blog qu’il serait « tellement plus utile au chômage ». On pourrait alterner les périodes de salariat et celles où l’on ferait mille autres choses ; les périodes où l’on prendrait part à des activités collectives, rémunérées ou non, et celles où l’on se retirerait à l’écart pour souffler, réfléchir, créer, se reposer, prendre du recul, se ressourcer, passer du temps avec ses proches. Homme ou femme, on pourrait élever tranquillement ses enfants, et les jeunes pourraient étudier dans de bonnes conditions, sans devoir travailler à côté.

Tout ce qui pourrait permettre au plus grand nombre de mieux vivre se heurte bien sûr aux intérêts de ceux qui tirent profit du système actuel. Mais il se heurte aussi, et peut-être surtout, à cette mentalité dont on disait plus haut qu’elle amenait les exploités à « coopérer à leur propre asservissement » – ou, pour reprendre une formule du dramaturge Edward Bond, à « vomir les idées qui leur permettraient de vivre ». On s’accroche à une vision idyllique de l’activité économique, toujours perçue comme intrinsèquement vertueuse en dépit de l’accumulation des preuves du contraire. Parler de revenu garanti suscite aussitôt des visions dantesques de société à la dérive, de chaos et d’anarchie. Cette réaction traduit la logique binaire qui, au travail rémunéré, seule voie de salut imaginable, oppose une paresse stérile et coupable, vue comme une forme de déchéance : le travail, constate Vaneigem, « a fait de la paresse sa putain ». Il observe : « L’habitude s’est si bien implantée d’accepter n’importe quel travail et de consommer n’importe quoi pour équilibrer cette balance des marchés qui règne sur les destinées comme la vieille et fantomatique providence divine, que rester chez soi au lieu de participer à la frénésie qui détruit l’univers passe étrangement pour scandaleux » Alimenter le système, si absurde soit-il, procure une image de soi valorisante (quoi de plus glorieux que de n’avoir « pas une minute à soi » ?) et dispense de toute réflexion sur ce qu’on souhaiterait faire de sa vie. « Le grand défi, c’est que chacun doit réapprendre à vivre. »

Chollet Mona, Chez soi – une odyssée de l’espace domestique, Zones, 2015

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