Anaïs Nin, an unprofessional study

Henry et June, d'Anaïs Nin

J’ai fait connaissance avec Anaïs Nin au détour d’un épisode de Castle. Ca aurait pu être le début d’une grande histoire d’amour. Malheureusement, notre rencontre a eu lieu sous des cieux bien moins romanesques et cocasses, puisque  j’ai commencé à la lire sur les recommandations de deux blogueuses (Pandora et Diglee, pour la petite histoire). Rien n’était encore gagné : ne trouvant pas le Journal de l’amour, j’ai commencé par les Journaux de jeunesse, qui me sont tombés des mains pendant des semaines (je suis une lectrice légèrement obstinée). Ma relation à Anaïs tient donc plus d’Orgueils et préjugés que de La princesse de Clèves, de « mon Dieu, j’ai été aveugle pendant tout ce temps » que « leurs yeux se rencontrèrent ». L’amour pour Anaïs Nin se mérite, surtout quand on a la mauvaise idée de commencer par les journaux qu’elle a écrits quand elle avait 11 ans. Mais ça en vaut la peine. Pendant un an, elle m’a accompagnée, sur ma table de nuit, dans mon sac, dans mes propres journaux qui sont parsemés de ses paroles. Même mon frigo n’a pas été épargné, il aborde fièrement quelques-unes de mes citations préférées :

J’ai appris à ne pas me battre avec les limites de chacun

On ne peut pas sauver les gens d’eux-mêmes. On ne peut que les aimer. On ne peut pas les transformer. On ne peut que les consoler.

Ces deux paroles sont à mon sens l’une des choses les plus importantes qu’il m’a été donné d’apprendre sur les relations humaines. On perd une énergie considérable à souhaiter que les gens soient différents, meilleurs que ce qu’ils sont. En vain.

Une autre de mes citations préférées :

Je n’ai pas eu de révolte destructrice (contre les tâches ménagères, les radios bruyantes). Elles ne m’affectent en rien. Et comme je ne m’insurge pas contre elles, je travaille plus facilement. Et aussi comme je ne m’insurge pas je peux être plus détendue et de meilleure humeur. […] Ayant moins de conflit, je suis moins fatiguée et j’accomplis davantage. […] Les tâches ménagères n’ont pas disparues. Mais j’ai trouvé diverses manières de les alléger, de les diminuer, de les expédier. Et j’ai plus d’énergie à leur consacrer car je ne gaspille pas cette énergie en vaines récriminations.

Voyant mon intérêt pour cette auteure, on m’a souvent demandé ce que j’y trouvais (surtout dans les premiers temps, où ma lecture tenait plus de l’agacement que de la délectation). Au début, j’étais un peu ennuyée, parce que je ne le savais pas trop moi-même. Heureusement pour vous, j’ai fini par trouver la réponse. J’ai rencontré une auteure qui résonne comme moi. J’écris bien « résonne », et non « raisonne », car nous ne pensons pas exactement de la même façon, nous n’avons pas vécu les mêmes expériences. Et pourtant, ce qu’elle décrit, d’elle-même, de ses relations, de ses émotions… Ca me parle. En la lisant, j’avais l’impression d’avoir rencontré une âme soeur, non un double mais une âme parente. Je me reconnaissais dans ses mots, ou reconnaissait des gens que je connais, des situations que j’ai vécues. Bien sûr, j’ai d’abord cru à une heureuse coïncidence. Et puis j’ai commencé à montrer des citations d’Anaïs Nin à une amie, qui s’y est tellement reconnue qu’elle m’a déclaré « à croire que je suis la réincarnation d’Anaïs Nin ! », ce qui m’a fait sourire, je me suis dit « encore une ! ». Dans un de ses derniers journaux, Anaïs recopie des lettres de ses lectrices qui déclarent elles aussi se reconnaître dans ses mots. J’en viens à la conclusion que beaucoup de lecteurs et de lectrices peuvent trouver des échos d’eux-mêmes en elle. J’ai l’impression que la finesse avec laquelle elle s’étudie et étudie ceux qui l’entourent lui a permis d’atteindre un savoir universel, des clefs de compréhension du monde.

Elle m’a aussi offert de l’inspiration, des pistes pour comprendre autrui, me montrer plus indulgente et moins exigeante envers moi-même. En grande amoureuse qu’elle a été, elle expose une palette des émotions que les relations amoureuses peuvent susciter. J’en suis venue à la croyance superstitieuse que quelque soit le dilemme auquel vous êtes confronté avec votre partenaire, Anaïs Nin a vécu quelque chose de similaire (et a écrit quelque chose de très juste à ce sujet). Elle m’a aussi offert l’espoir. Anaïs Nin était d’une grande sensibilité, jamais en repos, sans cesse tenaillée par ses émotions, préoccupée. Mais au fil des journaux, elle gagne en assurance et en sérénité. Vers les années 60, elle déclare être libérée de l’angoisse. Je trouve extrêmement réconfortante l’idée que les choses finissent par s’arranger.

Je pense qu’on ne peut pas sortir indemne d’une telle lecture, qui donne à lire l’accomplissement d’un être humain et une analyse minutieuse de l’âme humaine. Ses journaux montrent une femme « dans toute la vérité de la nature ». Non pas un modèle, elle a ses faiblesses, ses zones d’ombre, et ne s’en cache pas. D’ailleurs, dans son dernier journal publié (1966-1974), elle met en garde une de ses lectrices contre son désir de l’imiter. Mais elle est un exemple, et une femme admirable. J’ai donné plus haut quelques-unes de mes citations préférées d’Anaïs Nin. On en trouve plein d’autres ici et . Je gage que chaque lecteur et chaque lectrice trouvera les siennes en prenant la peine de lire ces journaux.

Dans un des derniers volumes publiés, Anaïs décrit les difficultés qu’elle a à être éditée, un vrai parcours du combattant. Je trouve amusant de remarquer qu’elles lui ont survécu. En France sont encore édités les Journaux de jeunesseHenry et June (qui décrit les premiers temps de la relation d’Anaïs avec Henry Miller et sa femme de l’époque June) et le Journal de l’amour. Les francophones ont donc accès aux journaux de 1914 à 1939 en version non-expurgée, avec quelques points aveugles en 1931. Pour connaitre le reste, le lecteur ou la lectrice curieux-euse devra se tourner vers d’anciennes éditions, en occasion et expurgées (de ses relations amoureuses et de son mari, entre autres).

La non-réédition d’une part importante de ses journaux témoigne au moins en partie de la méconnaissance dont Anaïs Nin fait l’objet en France. Quand j’en parle autour de moi, mes interlocuteurs connaissent parfois Henry Miller au moins de nom, Anaïs Nin presque jamais. Est-ce parce que les auteurs non-francophones sont un peu moins connus en France ? Est-ce parce qu’elle est une femme ? J’ai écrit cet article pour réparer (à ma toute petite échelle) cette injustice. Anaïs Nin gagne à être lue.

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