Les guides de la thèse pour les étudiant-e-s en sciences sociales : une brève présentation

Mon ambition n’est évidemment pas ici de dresser une analyse exhaustive de tous les guides de la thèse jamais édités, mais de présenter trois des ouvrages qui sont tombés entre mes mains et qui sont à mon sens utiles pour un-e jeune chercheur-euse en sciences sociales.

Réussir sa thèse en sciences sociales de Claudine Herzlich est un petit ouvrage de la collection « 128 » d’Armand Colin. L’auteure y met l’accent sur les tensions et les difficultés pratiques auxquels peuvent être confronté-e-s les doctorant-e-s : négociation de la relation avec le directeur ou la directrice, périodes de flottement ou de blocage (dans la réflexion ou dans l’écriture, entrée et sortie du terrain)… Elle donne également quelques conseils concrets concernant la rédaction proprement dite et pour la soutenance. Le doctorat est analysé en termes de risques : risque de dispersion (dans différentes activités ou dans sa recherche, en partant dans trop de directions ou en se montrant trop perfectionniste) ou au contraire risque de stagnation, en revenant sans cesse sur le travail précédemment accompli. Notons la mobilisation de deux typologies (une des « types » de doctorants et une des « types » de directeurs) qui, outre leur caractère assez amusant (et assez rassurant), permettent de sortir des généralités et de donner quelques descriptions ou conseils un peu plus ciblés (encore faut-il se reconnaitre !). Peu de place est accordée à la question du choix du sujet et de la bibliographie. C’est un ouvrage plaisant à lire, qu’il peut être utile de consulter au moment de se lancer dans une thèse, afin d’appréhender les grandes lignes de ce parcours, ou lorsqu’on est confronté à l’une des fameuses « périodes de creux ».

L’art de la thèse de Michel Beaud est un ouvrage beaucoup plus « froid » : il ne s’agit plus de faire du coaching émotionnel, mais de donner des informations. Il est présenté sous la forme de fiches courtes (3 pages en moyenne) qui portent avant tout sur les étapes de la thèse. L’accent est particulièrement mis sur l’objet-thèse en tant que tel : comment constituer une bonne bibliographie (et les sites de référence afin de trouver des documents), comment élaborer son projet et structurer le questionnement, comment citer… Il s’agit donc moins de donner des conseils (la question de la relation avec le directeur ou du terrain) que des outils, notamment en ce qui concerne l’importance de la question du plan (non seulement LE plan de la thèse, mais aussi la structuration de chaque chapitre lors de la rédaction), des pistes pour organiser ses notes ou les consignes bibliographiques. Michel Beaud dresse également un planning auquel le ou la doctorant-e peut se référer afin d’éviter de faire preuve de perfectionnisme et de passer trop de temps à des étapes intermédiaires. Il donne également des pistes concernant l’usage d’Internet. Ainsi, cet ouvrage a toute sa place dans la bibliothèque d’un-e doctorant-e, notamment au moment de la rédaction, afin d’organiser son travail et de se soumettre aux normes du travail scientifique.

Enfin, Devenir chercheur, sous la direction de Moritz Hunsmann et Sébastien Kapp, est un ouvrage collectif hybride : certains chapitres sont assez théoriques (« qu’est-ce qu’une thèse en sciences humaines et sociales ? ») mais la plupart d’entre eux s’efforcent de livrer aux lecteur-trice-s les « ficelles du métier », en donnant quelques pistes concernant le choix de l’approche théorique adoptée, de l’élaboration du projet de thèse, la rédaction… Mais l’apport principal de cet ouvrage est la prise en compte des activités autres que la thèse proprement dite. En effet, il est communément admis que pour un-e doctorant-e qui souhaite embrasser une carrière universitaire, soutenir une bonne thèse ne suffit pas : il faut également publier des articles dans des revues à comité de lecture, participer à des colloques, donner des cours… Or, un chapitre porte sur l’expression orale, un autre sur la manière d’articuler participation à des colloques, rédaction d’articles et rédaction de la thèse afin de se « mâcher le travail », d’autres encore sur l’édition (trouver un éditeur pour sa thèse, publier un carnet de recherche en ligne…). Il s’agit donc d’un ouvrage indispensable, à lire attentivement au moins une fois, afin d’avoir accès à des outils moins méthodologiques (comme dans le cas de l’art de la thèse) que concrets, afin d’articuler les différentes tâches attendues du ou de la doctorant-e.

Bibliographie :
Beaud Michel, L’art de la thèse, Repères (coll. « Grands guides »), 2006
Herzlich Claudine, Réussir sa thèse en sciences sociales, Armand Colin (coll. « 128 »), 2005
Hunsmann Moritz et Kapp Sébastien (dir.), Devenir chercheur – écrire une thèse en sciences sociales, Editions de l’EHESS (coll. « Cas de figure »), 2013

A lire aussi :
L’écriture d’une thèse en sciences sociales : entre contingences et nécessités
Ecrire une thèse en sciences sociales : écriture, relecture, réécriture
Publier pendant et après la thèse
Produire son oeuvre
Le doctorat : un rite de passage

A signaler :
Assieds-toi et écris ta thèse ! (voir commentaires)

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2 Commentaires

  1. Bonjour,
    merci pour cet article fort intéressant !

    Je conseille également l’ouvrage suivant :
    « Assieds-toi et écris ta thèse! Trucs pratiques et motivationnels » de Geneviève Belleville, paru en février dernier. Il m’a permis d’optimiser mon temps de travail et à retrouver de la motivation quand le découragement pointait le bout de son nez !

    http://www.pulaval.com/produit/assieds-toi-et-ecris-ta-these-trucs-pratiques-et-motivationnels

  2. Je vous invite à découvrir les fiches du « Doctorat à la Loupe », publiées par la Confédération des Jeunes Chercheurs et l’Association Nationale des Docteurs, qui décrivent les bonnes pratiques du doctorat vu comme une réelle expérience professionnelle : http://cjc.jeunes-chercheurs.org/doctorat-a-la-loupe/. Ces fiches déconcerteront peut-être au premier abord les doctorantes et doctorants non rémunérés pour leur travail, ou travaillant en solitaire sans intégration dans un collectif de recherche. Mais elles permettent dans tous les cas une prise de distance (surtout quand la fiche est rédigée pour le profil de directrice ou directeur de thèse ou d’école doctorale), et une approche réflexive du doctorat, qui échappe habituellement à des guides focalisés sur la gestion du quotidien des doctorantes et des doctorants. Les nombreuses références réglementaires et législatives permettent également d’en savoir plus sur le droit du travail, de la propriété intellectuelle, des étrangers, etc. De quoi prendre conscience que le doctorat, ça n’est pas que la thèse !

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