Lecture de « Journal de thèse » de Pascal Nicolas-Le Strat

Journal de thèse

Pourquoi lui faire une place dans votre bibliothèque : pour ne plus se sentir seul face à ses galères d’apprenti-chercheur
Le livre manquant : on en voudrait d’autres !
à prendre pour : le métro
rapport nombre de pages/contenu : **
ce qu’il faut lire juste après : 
Produire son œuvre – le moment de la thèse – Rémi Hesse
Ce qu’il ne faut surtout pas lire juste après : un article sur la pénurie de postes dans l’enseignement supérieur

J’ai commencé il y a quelques temps à m’intéresser aux « journaux de bord » des doctorants, en commençant le mien (enfin, j’en avais déjà commencé plusieurs, mais disons que cette fois-là je l’ai commencé sérieusement). A ce moment-là, j’avais fait quelques recherches (compulsives) sur Google pour voir s’il y avait déjà des publications sur le sujet. Et d’une façon ou d’une autre, je suis tombée sur le Journal de thèse de Pascal Nicolas-Le Strat. Lorsque je l’ai tenu entre mes mains, j’ai été assez surprise : c’est un livre très court, le journal en lui-même fait une soixantaine de pages, il est complété par un postambule[1] intitulé « retour sur l’expérience du Journal de thèse », puis un article de l’auteur resté inédit et qui lui tenait à cœur « un autre devenir est possible ».

Ce journal commence quelques temps après l’inscription de l’auteur en thèse (combien ? on ne sait pas), à la naissance de son premier enfant. Les thèmes qui y sont abordés sont variés : réflexions politiques de l’auteur, théories qu’il mobilise dans sa thèse-en-train-de-se-faire, travail d’écriture (d’articles et de la thèse), participation au comité de rédaction d’une revue, travail de formateur et d’enseignant… L’auteur mentionne également à plusieurs reprises la nécessité pour un doctorant de « se montrer » à l’université, pour nouer des contacts ou a minima être reconnu par ses collègues, et son agacement face à des réunions où il s’agit de « tenir salon » plus que de réfléchir ensemble ou de prendre des décisions. C’est un journal assez lapidaire : les entrées sont assez courtes, le plus souvent informative (même si les émotions de l’auteur ne sont pas absentes pour autant, ce qui serait un comble).

Quelques extraits, dans lesquels je me suis reconnue (et je ne serais sans doute pas la seule, s’il y a parmi mes lecteur-trice-s des jeunes ou moins jeunes chercheur-euse-s) :
« En achetant des livres, je me donne l’impression, à bon compte, d’avancer dans mon travail de recherche. Au moins, je fais le bonheur des libraires. L’emprunt de livres en bibliothèque ne me fait pas le même effet ». (p. 22)

« Rangement de papiers. C’est la composante très « matérielle » de notre activité de travailleur intellectuel et qui occupe un temps très significatif » (p. 35)

« Je pourrais peut-être envisager une thèse sur « A quelles stratégies recourt le jeune doctorant pour ne pas se mettre réellement à son travail de thèse ? ». Les stratégies d’évitement sont nombreuses : s’inventer des occupations toutes plus urgentes les unes que les autres, se mettre sur le dos du travail supplémentaire qui se substitue progressivement à la thèse [, écrire des articles de blog qui cumulent les deux caractéristiques précédentes], se persuader que sans la lecture de tel ou tel ouvrage tel point d’analyse ne pourra pas être développé et si, en plus, l’ouvrage est difficile à trouver… » (p. 42)

Si le journal en lui-même sert surtout (à mes yeux) à se rassurer sur ses propres difficultés en voyant ce qu’elles ont de constitutif de l’expérience de doctorant-e (bien que certains passages aient également une portée théorique, notamment une entrée sur la précarité produite et exploitée par l’Université), le postambule (disponible en ligne) donne une portée plus théorique et militante à ce journal. Plusieurs points y sont soulignés : la nécessité pour le ou la doctorant-e de se socialiser dans le milieu de l’enseignement supérieur, en plus de son travail de recherche proprement dit ; les tensions entre universitaires et l’importance de prendre en compte le cheminement de la réflexion du chercheur, là où la thèse met l’accent sur le résultat. Tout ces points sont développés dans Le doctorat – un rite de passage de Laetitia Gérard.

Bref, ce n’est pas un ouvrage éblouissant. J’ai été déçue par sa brièveté. Cependant, je pense qu’il peut constituer une chouette lecture de pause pour un-e doctorant-e, pour appréhender l’universalité des aspects concrets de la thèse.

Nicolas-Le Strat Pascal, Journal de thèse – septembre 1992 – octobre 1993, Fulenn, 2009

[1] Je trouvais ce néologisme poétique, désolée

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