Lecture de « des bibliothèques pleines de fantômes », de Jacques Bonnet

Des bibliothèques pleines de fantômes

Pourquoi lui faire une place dans votre bibliothèque : parce qu’il est tout petit et qu’il vaut le coup
Le livre manquant : on aimerait trouver un recueil d’anecdotes de bibliomanes, juste pour faire durer le plaisir
à prendre pour : le métro qui nous emmène à la bibliothèque
rapport nombre de pages/contenu : ***
ce qu’il faut lire juste après : Bibliothèques – une histoire mondiale – James W. P. Campbell
Ce qu’il ne faut surtout pas lire juste après : un article sur la disparition programmée des livres liée à l’essor des écrans

Je suis tombée sur ce livre par hasard, alors que je me baladais dans une librairie qui avait mis en tête de gondoles des ouvrages sur les bibliothèques. Bien entendu, j’ai craqué, et je suis repartie avec ce petit ouvrage, Des bibliothèques pleines de fantômes, rapidement feuilleté en rayon et dévoré pendant tous les trajets en transport en commun suivants. Le livre commence par le récit d’une anecdote : l’auteur a été chargé d’occuper un écrivant italien (publié par la maison d’édition où travaillait l’auteur) en visite à Paris, le temps d’un dîner. Les deux hommes se rendent rapidement compte qu’ils possèdent tous les deux une bibliothèque de plusieurs dizaines de milliers de livres, et comme deux personnes qui se découvrent un important point commun, ils ont discuté de livres toutes la soirée. En lisant ce livre, j’ai eu la même impression : j’ai rencontré, le temps d’une lecture, un ami, un autre représentant d’une minorité méconnue et isolée : les amateurs de bibliothèques. Non, je ne parle pas des étudiants, mais des personnes qui lisent beaucoup et qui conservent beaucoup de livres.

Habile mélange d’anecdotes personnelles et d’autres tirées de ses lectures, l’auteur passe en revue les différents enjeux qui entourent la possession d’une bibliothèque bien fournie : où les stocker (les livres ayant une méchante tendance à s’accumuler et à déborder les rayonnages disponibles, j’en sais quelque chose) ? Comment les classer ? Lesquels garder, lesquels donner et/ou revendre ? Comment en vient-on à constituer une bibliothèque ?… Bien sûr, le livre ne prétend pas répondre à ces épineuses questions de façon définitive, d’autant il y a probablement autant de réponses que de bibliomanes, selon la distinction établie par Jacques Bonnet entre les bibliophiles (les amateurs de bibliothèques décoratives, qui gardent leurs livres sous verre et qui ne veulent surtout pas les ouvrir, de peur qu’ils perdent de la valeur) et les bibliomanes (eux-mêmes divisés entre collectionneurs et lecteurs acharnés). Sans surprise, l’auteur appartient à la toute dernière catégorie. Il propose donc une rêverie amoureuse des solutions qu’il a trouvées pour ses propres livres, de celles que d’autres ont adoptées.

A titre d’exemple, à propos des systèmes de classement des livres dans une bibliothèque, l’auteur mentionne les différentes possibilités, établies par Perec (par ordre alphabétique, continents ou pays, couleurs, dates d’acquisition, dates de parution, genres, périodes littéraires, formats, langues, priorités de lecture, séries, reliures), avant de mentionner les avantages et les inconvénients de chacune, mais aussi l’impossibilité d’adopter un seul système strict. Une bibliothèque témoigne souvent de plusieurs systèmes de classement imbriqués (si bien que seul leur propriétaire sait comment retrouver un livre donné). Par exemple, un classement par genre, où les livres de chaque catégorie sont rangés par ordre alphabétique. De plus, « la réalité humaine interfère parfois étrangement avec les systèmes de classement » (p.64). Par exemple, certains livres qui devraient être ensemble sont séparés à cause de différences de format, ou on aura envie de réunir (ou au contraire de séparer) deux livres soit en raison d’affinité (ou d’inimitié) entre leurs contenus (ou entre leurs auteurs).

Un extrait incontournable : « Les livres sont coûteux à l’achat, ne valent rien à la revente, sont hors de prix lorsqu’ils faut les retrouver une fois épuisés, sont lourds à porter, prennent la poussière, craignent l’humidité et les souris, sont à partir d’une certaine quantité quasi impossibles à déménager, nécessitent un classement précis pour pouvoir être utilisés et, surtout, dévorent l’espace. »

Bref, c’est un ouvrage très bien écrit, drôle, facilement transportable, génial. La seule raison valable de ne pas le lire, c’est de ne pas aimer les livres. Et encore.

Bonnet Jacques, Des bibliothèques pleines de fantômes, Arlea (coll. « Arlea Poche »), 2014

Bizarrement, un livre sur les bibliomanes, c’est très lu par des bibliomanes. Ci-dessous, quelques autres avis de lecteurs :
Lecture-écriture
Cabistilles
Le pandemonium littéraire
Dans la bibliothèque de Cléanthe

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