Lecture de « Harry Potter à l’école de la philosohie », de Marianne Chaillan

Harry Potter à l'école de la philosophie

Pourquoi lui faire une place dans votre bibliothèque : parce que c’est rigolo
Le livre manquant : on aimerait le lire en parallèle d’un livre sur la philosophie dans Tolkien, point brièvement abordé dans le livre
à prendre pour : une soirée
rapport nombre de pages/contenu : **
ce qu’il faut lire juste après :
Harry Potter à l’école des sciences morales et politiques – Jean-Claude Milner
Ce qu’il ne faut surtout pas lire juste après :
philosophie en séries – Thibault De Saint Maurice

La collection « culture pop » des éditions Ellipses est le pendant philosophique de la collection « la série des séries » des Presses Universitaires de France : y sont examinés des séries télévisées ou les sites de rencontre d’un point de vue philosophique. Le livre analysé ici s’attaque à la série des Harry Potter. Cependant, contrairement au livre examiné précédemment, l’accent est mis sur les livres plutôt que sur les films.

Après avoir rappelé que le titre original du premier tome est Harry Potter and the Philosopher’s Stone, Marianne Chaillan s’attache à illustrer d’une part que l’œuvre de J.K. Rowling fait écho à de nombreuses philosophies et que d’autre part elle déploie sa propre philosophie.

La première partie du livre s’attache donc à établir des parallèles entre différents philosophes ou philosophies et des passages d’Harry Potter, de façon parfois un peu « poussive », surtout dans les premiers chapitres. Ainsi, Platon et les stoïciens sont à l’honneur dans un premier temps : Marianne Chaillan met en parallèle la cape d’invisibilité et l’anneau de Gygès (un anneau d’invisibilité qui dans le mythe est utilisé pour son porteur pour séduire la reine, tuer le roi et s’emparer du pouvoir) évoqué dans la République, la laideur de l’âme de Voldemort qui rejaillit sur son aspect physique à mesure qu’il se lance dans une quête de pouvoir et de lutte contre la mort (le Gorgias), l’accent mis sur la pédagogie dialectique mise en œuvre par les professeurs de Poudlard et par Dumbledore qui s’oppose à la pédagogie didactique enseignée par Dolores Ombrage (qui fait écho à l’opposition mise en scène par Platon entre Socrate et les sophistes), etc.

De même, Harry Potter adhérerait à la philosophie des stoïciens, qui croit au pouvoir des représentations (illustré dans Harry Potter par exemple par l’épouvantard, qui symbolise la distorsion entre la réalité objective et son interprétation, puisque ce qui terrifie un personnage n’est pas forcément effrayant pour un autre) et à la nécessité de discipliner son désir (notamment dans le premier tome, avec le motif du miroir de Rised, un miroir qui montre à celui ou celle qui s’y mire son plus grand désir).

Dans un troisième temps, l’auteure montre que J.K. Rowling prend le parti de la liberté comme le résultat des choix des individus plus que celui du destin. Ainsi, les prophéties sont ridiculisées, le choix de maison proposé par le Choixpeau peut être infléchi par la volonté de l’élève qui le porte… L’exemple le plus frappant est sans doute la prophétie au cœur de la saga, celle qu’Harry découvre dans L’ordre du phénix[1] : c’est en accordant de la foi à cette prophétie que Voldemort enclenche son accomplissement en tentant de tuer Harry.

Marianne Chaillan s’attache ensuite à montrer que Voldemort n’est pas le surhomme décrit dans Ainsi parlait Zarathoustra (puisque le surhomme est celui qui atteint la maitrise de soi, à l’opposée de la recherche de pouvoir qui caractérise Voldemort qui est signe de faiblesse). Enfin, elle montre que les choix moraux des personnages ne découlent pas d’une morale utilitariste, mais d’une morale intuitionnaliste (c’est-à-dire que les choix moraux des personnages découlent d’un sentiment moral).

Particulièrement intéressant (à mon sens) est le passage montrant la porosité de la frontière entre réalité et fiction dans Harry Potter et entre Harry Potter et le monde réel. D’une part, la magie introduit un trouble en ce qui concerne ce qui existe et ce qui n’existe pas, par exemple en ce qui concerne les créatures invisibles. Pourquoi partir du principe que les nargoles (seuls Luna et son père croient en l’existence de ces créatures invisibles dans la saga) n’existent pas alors que le manuel les animaux fantastiques rapporte l’existence des demiguises (créatures également quasi-invisibles) ? D’autre part, le monde d’Harry Potter déborde sur notre réalité, par exemple par des tour-operators qui font visiter les lieux évoqués dans la saga à Londres ou même par la publication de livres évoqués dans la saga, comme Le Quidditch à travers les âges, Les animaux fantastiques et les Contes de Beedle le Barde, ce dernier publié d’après « une traduction d’Hermione Granger » et incluant des notes « manuscrites » de Dumbledore, dont J.K. Rowling signe la préface.

La deuxième partie du livre s’intéresse à la philosophie interne de la saga, qui tiendrait dans la problématique « comment faire face à l’effroyable certitude de la mort ? ». Ainsi, plusieurs personnages incarnent le refus de la finitude : les fantômes, Nicolas Flamel, Dumbledore lorsqu’il était en quête des Reliques de la mort, Voldemort… La saga Harry Potter tiendrait donc en une initiation du héros à l’acceptation de la vie dans ses imperfections (avec l’apprentissage de la perte, de la trahison…) et de la mort comme partie intégrante de la vie, mais aussi du fait que la mort n’est pas le pire des maux.

Ce livre est extrêmement didactique. Tant les péripéties d’Harry Potter que le contenu des philosophies évoqués sont détaillés. Il peut donc être lu sans difficulté par des personnes non-familiers de l’un ou l’autre de ces sujets. Cependant, ces parallèles sont parfois un peu poussif, surtout dans le premier chapitre qui met en parallèle Harry Potter et les ouvrages de Platon, où les événements d’Harry Potter sont plus utilisés à titre illustratif que démonstratif selon moi, dans une démarche un peu poussive. Ou peut-être que c’est juste que je suis trop familière de cette pensée, contrairement aux autres philosophies évoquées (Bercley, les stoïciens, etc.) que je connaissais moins. Cependant, le propos gagne en intérêt au fil des pages, et à plus forte raison dans la deuxième partie, où Marianne Chaillan s’attaque à la philosophie interne d’Harry Potter. Bref, le propos est un peu dilué, l’ouvrage est presque scolaire, du moins dans sa première partie (Philosophie en séries et La société des super-héros, deux ouvrages de la même collection, m’avaient fait la même impression). Ainsi, si la lecture n’est pas fastidieuse, au contraire, elle se révèle peu édifiante pour le lecteur ou la lectrice. Je recommanderais cette lecture à des élèves de terminale qui veulent s’initier à la philosophie, mais pas forcément à des lecteurs ou lectrices plus âgé-e-s qui s’intéressent à l’étude d’œuvres fictionnelles d’un point de vue philosophique (du moins en ce qui concerne la première partie de l’ouvrage, la seconde obéissant à une dynamique plus démonstrative et moins illustrative).

Chaillan Marianne, Harry Potter – à l’école de la philosophie, Ellipses (coll. « culture pop »), 2013

Philomag

Le mouv’

Laudine Tonks

Littérature et enseignement

[1] Pour voir le texte exact de la prophétie

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