Les adultes surdoués – comparaison des ouvrages sur le sujet (partie 3)

Partie 1 : présentation des ouvrages et considérations scientifiques et sémantiques
Partie 2 : caractéristiques des surdoué-e-s
Partie 3 : quel ouvrage choisir ?

4. Quel livre choisir ?

–          Siaud-Facchin Jeanne, Trop intelligent pour être heureux ? – l’adulte surdoué, Odile Jacob, 2008 (1)

Idéal si vous avez envie qu’on vous prenne gentiment par la main. Le livre est très long, il part dans tous les sens[1] (il est peut-être le plus exhaustif) et le découpage est un peu difficile à suivre. L’auteur en profite pour recycler ses analyses sur les enfants et les adolescents surdoués, ce qui présente certes l’avantage de relier la personnalité de l’adulte à celle de l’enfant, mais vu la superficialité avec laquelle la question est abordée je n’ai pas le sentiment que ça apporte grand-chose (du moins pas dans les deux chapitres qui y sont consacrés, c’est plus pertinent dans les chapitres de descriptions de la personnalité du surdoué).

De plus, la genriste qui est en moi a hurlé en lisant une petite envolée sur « la part masculine et féminine de chacun »[2], puis les chapitres sur la femme surdouée et sur le couple (hétérosexuel, évidemment), qui s’ils ont le mérite de prendre en compte les différences de sexe[3] et les relations affectives, sont creux, sans intérêt et asymétriques (et les hommes surdoués ?).

D’une façon générale, le ton de ce livre est assez agaçant : l’auteur procède par de petites phrases alignées les unes dernières les autres, par juxtaposition de propositions nominales, afin de préciser ses propos, mais cela reste toujours très vague, très abstrait, très général. C’est une approche assez holiste de la personnalité. Par ailleurs, elle se concentre plus particulièrement sur les émotions spécifiques aux personnes surdouées (pourquoi elles les ressentent, dans quel contexte).

En ce qui concerne les points forts de cet ouvrage, notons que c’est celui qui aborde le plus de points concernant l’entité adulte surdoué, et un tableau récapitulatif abordant différents cas de figures et la façon de réagir (ce qui a pu se produire dans l’enfance/les conséquences sur la construction de soi/ce qu’il en résulte à l’âge adulte/comment le modifier/qu’en attendre ?).

Ce livre comporte beaucoup de longueurs, et je pense que le ton adopté n’est pas adapté aux adultes surdoués, cependant il sera peut-être éclairant pour quelqu’un qui voudrait les comprendre sans se sentir directement concerné par la question.

–          de Kermadec Monique, L’adulte surdoué – apprendre à faire simple quand on est compliqué, Albin Michel, 2011 (2)

A ne lire que si vous voulez avoir la confirmation que tout est de la faute de votre mère et que vous devez faire une thérapie. En quelques mots, ce livre est réducteur, jargonnant (psychologie) et ne traite le sujet que superficiellement. La description des caractéristiques des surdoué-e-s est rapidement évacuée (énumération des caractéristiques de leurs différentes intelligences, personnalité réduite à cinq points : divergence, excitabilité, sensibilité, clairvoyance, perfectionnisme, en termes de coûts et avantages) et envisagée dans une perspective relationnelle (comment le surdoué perçoit le monde et comment le monde le perçoit en retour). L’auteur en revient rapidement au nerf de sa guerre : le concept de psychologie du « faux self », lié évidemment aux carences de la mère[4], la « perte de contact avec son soi profond » (vous le sentez venir, l’ouvrage de développement personnel ?). Comme elle ne s’intéresse pas vraiment aux surdoués (du moins, c’est l’impression que cela m’a donné vu la rapidité avec laquelle la description de leurs particularités est évacuée au profit d’un exposé, oh combien plus fascinant, sur le self), les propos qu’elle tient sur eux pourraient s’impliquer à n’importe quel individu manquant d’estime de soi (« nier ses talents ; ne pas prendre de risque ; rechercher l’approbation des autres ») et les conseils ne valent pas mieux (« prendre conscience de la recherche de ses propres ressources » ; « savoir choisir un mécanisme de défense : l’humour, l’affirmation de soi, le recours à autrui, l’auto-observation, la sublimation, l’anticipation, l’action »). Elle aborde enfin dans les deux derniers chapitres son fond de commerce (« les raisons de consulter », « les bénéfices d’une thérapie »), en donnant des conseils symétriques aux faiblesses qu’elle a énumérées qui concerneraient les surdoués (« affronter son faux self, prendre conscience de sa peur du risque, mesurer sa dépendance à l’approbation »… me voilà édifiée) et surtout « trouver l’âme sœur »[5], « se faire des amis » et « être apprécié dans son travail ». Epoustouflant. J’ajouterais que la première phrase de la conclusion est « si vous voulez être heureux, soyez-le » (2, p.181), courant d’air sémantique, justifie à elle seule de ne pas lire ce livre.

Si vraiment vous êtes curieux et que vous voulez explorer « surdoué vs the world », si vous n’avez pas trop envie de détails et de longues descriptions de Siaud-Facchin (1), si vous aimez qu’on vous parle sur un ton docte, lisez-le. Mais je doute que vous en sortiez grandi.

–            Petitcollin Christel, Je pense trop – comment canaliser ce mental envahissant, Guy Trédaniel Editeur, 2012 (3)

C’est le livre que je recommanderais pour une personne identifiée comme surdouée mais qui a besoin de se rassurer. Le ton est le plus souvent vulgarisateur, il est bien construit, et surtout le gros point fort de cet ouvrage, c’est qu’il donne de nombreux conseils, et des conseils concrets (et non des recommandations stupéfiantes comme « soyez heureux »). Je pense que l’auteur a plutôt bien compris qui étaient les surdoués, elle aborde les points les plus importants et fait bien le pont entre hyperesthésie et fonctionnement de la pensée d’une part et besoins affectifs ou anticipation anxieuse d’autre part. Ses explications sont claires sans être évaporées comme celles de Siaud-Facchin (1). Cependant, l’auteur semble relativement fascinée par son objet, et cela se ressent parfois dans le ton adopté.

–          Bost Cécile, Différence & souffrance de l’adulte surdoué, Vuibert pratique, 2011 (4)

Je recommanderais ce livre aux personnes qui se demandent si elles sont surdoué-e-s. En effet, l’auteur cherche vraiment à décrire le fonctionnement des personnes surdouées de l’intérieur, en le liant systématiquement au fonctionnement de la pensée et à l’hypersensibilité. L’argumentation est dense, ramassée, là où Siaud-Facchin (1) notamment évoque un faisceau de caractéristiques générales (1).

C’est également le livre le plus ancré dans le concret. Cela se manifeste dans les descriptions et les exemples[7]. Ce caractère « concret » peut également être trouvé dans l’évocation de l’auteur des difficultés que les surdoué-e-s peuvent avoir dans leur environnement professionnel ou en soirée (le monde social au sens large), là où Siaud-Facchin et de Kermadec (1,2) évoquent plutôt des autrui significatifs (la famille, les amis) ou « le reste du monde » comme un magma indifférencié, désincarné et hors de tout contexte. Enfin, c’est le livre qui présente le surdoué comme un être « incarné », en évoquant le corps (par exemple, l’impact des hyperesthésies), là où les ouvrages de psychologies s’intéressent plus aux surdoué-e-s comme cerveau. On saluera également l’intérêt du chapitre sur les neurosciences. Notons par ailleurs que l’auteur évoque brièvement le cas des femmes surdouées [8].

Même si la construction est selon moi un peu bancale et certains passages pas très éclairants[9], le livre est plutôt bien fait pour comprendre intimement ce dont il est question (là où les autres auteurs, psychologues oblige, pensent toujours le surdoué par rapport au reste du monde). Ce parti-pris a le défaut de ses qualités, puisqu’on y trouve que peu d’éléments d’analyse sur les différentes stratégies d’adaptation du surdoué (analyses présentes dans les autres ouvrages). Le surdoué est donc moins présenté comme une personne en relation avec le monde que comme une personne qui lutte contre lui. Cependant, le ton est parfois un peu misérabiliste, comme lors de ce passage plein d’anaphores « qui peut comprendre ? » pour souligner la solitude ontologique du surdoué. Cet auteur présente moins que les autres les caractéristiques des surdoués en termes de coûts/avantages, insistant au contraire sur les coûts voire sur les risques spécifiques (comportements à risque, consommation de psychotropes, dépression) liés à la condition d’adulte surdoué. De plus, là où les autres auteurs mettent l’accent sur le besoin qu’ont les surdoués de « porter un masque en public » (faux self et tutti quanti, vous aurez compris), cette auteur met particulièrement l’accent sur le besoin de solitude des surdoué-e-s, pour se ressourcer, ce qui est souvent mal compris par les « normo-pensants » (là où Siaud-Facchin (1) et Petitcollin (3) vont plutôt évoquer la dépendance du surdoué à autrui).

En conclusion, je voudrais revenir sur ce qui fait l’unité de ces ouvrages, outre le sujet qu’ils affichent : c’est celui de constituer l’adulte surdoué comme une personne vulnérable. En effet, chacune des auteurs a à cœur non de vanter « c’est tellement bien d’être surdoué, ils peuvent tout faire ! » (ce qui, je vous l’accorde, n’aurait aucun intérêt et personne n’achèterait ces livres), mais au contraire de combattre les clichés qui accompagnent le mot « surdoué » (ou les tests de QI) ,montrer combien ce mode de fonctionnement de la pensée a le défaut de ses inconvénients, voire n’est qu’inconvénients. Les adultes surdoués seraient submergés par leurs pensées, leurs émotions et leurs sensations, inadaptés socialement, facilement fatigués mais s’ennuyant souvent, manquant d’estime de soi et ayant d’énormes besoins affectifs, voire pour Petitcollin (3) risquent d’être la cible des pervers narcissiques et pour Bost (4) sont exposés à des risques spécifiques (hypersensibilité handicapante, épilepsie, comportements addictifs, dépression)…

Si je ne doute pas une seconde de la réalité de ces vulnérabilités, je ne peux pas m’empêcher d’y voir une campagne pour tenter de faire oublier ce qui est vraiment dérangeant dans l’existence même des surdoué-e-s : le fait que certaines personnes aient (sans avoir fait quoi que ce soit pour les « mériter », puisqu’ils sont nés avec) des capacités cérébrales supérieures à la moyenne, ce qui est contraire aux idéaux égalitaires et méritocratiques qui animent nos sociétés occidentales contemporaines.

Je recopie ici le passage d’un blog qui m’a inspiré cette réflexion : « Outre le très (trop !) célèbre terme « surdoué« , on trouve aussi régulièrement de nombreuses autres appellations visant à désigner les individus aux capacités intellectuelles plus élevées que la norme établie, mais aussi un mode de réflexion différent (notamment une pensée en arborescence, intimement liée à une hypersensibilité émotionnelle). Cet embarras de vocabulaire est à mon sens le signe s’il en est du véritable malaise crée par cette idée de surefficience intellectuelle, que l’on cherche par tous moyens à rendre la plus discrète possible… au risque de parfois la désavouer totalement (comme je l’évoque plus haut avec le terme « précoce »).
Très souvent perçues comme s’opposant directement au concept d’égalité des chances (& par voie de conséquence, représentant aux yeux de certains une réelle forme de menace) les expressions se rapportant à une intelligence supérieure se doivent d’être les moins dérangeantes & offensantes possible pour avoir un chance d’être acceptées sans heurt. »[10].

Je signale également l’existence de deux autres ouvrages sur le sujets[11], qui feront l’objet d’autres articles :
– Foussier Valérie, Adultes surdoués – cadeau ou fardeau ?, Josette Lyon (coll. « articles sans C »), 2012
– Millêtre Béatrice, Petit guide à l’usage des gens intelligents qui ne se trouvent pas très doués, Payot, 2012
– Bénard Stéphanie, être un adulte à haut potentiel – paroles et témoignages, Tikinagan, 2008


[1] Il suffit de regarder le sommaire

[2] En soi, pourquoi pas, mais si c’est pour écrire « pour l’homme, c’est laisser s’épanouir en lui tout ce qui participe de son charme sensible, plus doux, moins tranchant, plus vulnérable. Même si c’est mal admis dans la communauté des hommes, c’est un grand atout dans sa relation aux femmes [!!!]. […] Pour la femme, la difficulté est inverse : elle peut utiliser sa part masculine [si elle le peut, je vois pas où est la difficulté], elle peut s’en servir pour construire sa vie et réussir ses projets, mais elle peut aussi laisser vivre en elle la sensibilité, l’émotivité, la fragilité, le besoin de recevoir qui laissent aux hommes la possibilité de s’approcher d’elle » (1, p.165). tant de choses révoltantes et agaçantes en peu de phrases : hétérocentrisme (et notons que la femme doit s’adapter aux besoins de l’homme afin de devenir une petite chose fragile, tandis que l’homme conquérant accepte sa part féminine pour aller au-devant des femmes), absence totale de concret ou de conseils… Ce passage a-t-il seulement un intérêt ? La question reste entière.

[3] En effet, les femmes surdouées sont moins souvent détectées (Lignier Wilfried, La petite noblesse de l’intelligence – une sociologie des enfants surdoués, La découverte (coll. « SH/Laboratoire des sciences humaines »), 2012), elles ont plus de mal à admettre qu’elles ont une intelligence différente et en plus, selon Siaud-Facchin, elles font peur aux hommes.

[4] « si les contraintes que la mère oppose aux désirs et aux besoins de son nourrisson excèdent celles communément admises [communément admises ? Mais qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? Que le nourrisson perçoit intuitivement que sa mère ne fait pas son boulot de mère en répondant aux contraintes sociales en la matière ? Le nourrisson est déjà un expert du social avant même d’être sorti du berceau ?], si la mère impose de manière autoritaire et coercitive sa vision des choses et son geste, le bébé va développer ce faux self de façon prépondérante, exagérée, interdisant toute initiative et toute expression de son self » (2, p.104-105). Par contre, la mère disparait mystérieusement quand il s’agit de parler du faux self du surdoué, au profit du commun des mortels.

[5] Ce qui est difficile pour les femmes, puisque que de Kermadec rejoint Siaud-Facchin : « toute la difficulté pour les femmes [surdouées], et presque autant pour les hommes [dans ce cas, pourquoi faire une différence ?], de trouver un partenaire avec qui initier une relation amoureuse ». contrairement au reste du monde, en somme.

[7] ce qui est lié à son matériau dans la mesure où elle s’est basée sur les récits écrits d’adultes surdoués, tandis que les psychologues tirent leurs conclusions des récits oraux de leur-e-s patient-e-s

[8] « et pourtant les femmes surdouées existent, qui outre la classique hypersensibilité, si typiquement féminine [ ?], se reconnaissent à quatre caractéristiques communes : forte détermination, capacité de prise de risque, esprit entrepreneurial, volonté d’atteindre leurs objectifs » (4). Je dois avouer que j’ai du mal à voir ce que ça apporte, j’irais même jusqu’à écrire que c’est en contradiction avec ce qui est dit par ailleurs sur les personnes surdouées, en tous cas si on garde cette forme lacunaire, mais bon… Elle récidive plus loin, pour écrire la même soupe que Siaud-Facchin (1) (du style « si  [la femme surdouée] est d’un côté en rupture avec les critères traditionnels du modèle féminin avec lequel elle se sent peu d’affinités, elle est par ailleurs considérée avec défiance par les hommes, qui se sentent mis en danger qu’une femme agisse à leur égal » (4, p.186), « pour qu’une femme surdouée puisse résoudre le dilemme existentiel auquel elle est confrontée […], il faut qu’elle-même et son compagnon sachent se parler, communiquer sur leurs besoins et leurs attentes réciproques » (4, p.187). Non, sans rire ?).

[9] « Deux grands profils se dégagent […] :
– d’un côté, trop impétueux, trop rapides, pas assez méthodiques, trop bavards, trop dynamiques, trop affectifs, trop agités, trop exaltés, trop indisciplinés
– de l’autre, trop réservés, trop silencieux, trop taciturnes, trop invertis – voire « autistes » -, trop froids, pas assez concernés, trop « désaffectivés », trop lents, trop méthodiques, trop attachés à la routine ».

[11] Egalement écrits par des femmes

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7 Commentaires

  1. C’est une revue de littérature passionnante et admirablement synthétique !
    Un grand merci ! 🙂

  2. Istiyorum

    Très bonne synthèse, où les défauts respectifs des ouvrages sont très efficacement mis au jour. Merci d’avoir souligné les raccourcis faits dans tout ce qui est vie affective, notamment sur la question de la femme. Il est très regrettable qu’un livre sur les surdoués soit l’occasion de phrases aussi hâtives sur le sujet…
    Maintenant, de mon point de vue (précision morte dans l’œuf), je pense que la question du ton, notamment pour ce qui est du livre de Siaud-Facchin, n’est pas si essentielle que cela. Son vocabulaire est en effet assez simpliste et quelque peu infantilisant, mais il me semble qu’elle traite très brièvement de la difficulté pour un praticien qui n’est pas surdoué de communiquer justement avec ceux-ci, donc faute avouée est quelque part à demi pardonnée. La sincérité prime pour moi dans ce cas de figure (et une forme de refus d’un ton docte).

    Autre point important pour moi sur la conclusion de l’article : personnellement, à la lecture de ces livres, je ressens généralement une importante émotion par analogie aux situations (certains pleurent comme des madeleine en lisant Anna Karénine, d’autres en lisant des essais sur les surdoués, on fait ce qu’on peut) mais d’autre part un certain malaise face à tous ce misérabilisme.
    Personnellement, j’ai vécu les insomnies dès la très jeune enfance face aux « tempêtes sous un crâne », le bombardement de questions, l’emprise des enjeux existentiels, la dépression et le suicide (à répétition; raté, comme on peut constater) à 9 ans, la haine de l’école qui n’était jamais comme il fallait, le rapport aux autres (affectif et hiérarchique) problématique, l’intensité extrême des émotions… Et j’en ai souffert sinon je n’en pleurerai pas encore aujourd’hui, mais c’est aussi ce qui fait ma richesse et quelque part m’a permis de développer mon intelligence. Il est dur pour moi de déterminer l’instant où mes capacités innées ont en quelque sorte transmis le bâton à mes expériences précoces singulières, et en quelle mesure mon rapport à l’existence en a été influencé.
    Il est trop simple de dire que tout vient de toute manière des caractéristiques fondamentales des surdoués et qu’on se porte systématiquement mieux quand on s’est accepté et reconnu comme tel. A trop vouloir catégoriser les surdoués, il y a un risque de repli identitaire sur la surefficience.
    Mais quel lien avec la conclusion de l’article ? Eh bien, je trouve qu’au contraire précisément ces livres font le jeux de l’idée que la surefficience intellectuelle serait anti-méritocratique, dans le sens où ils établissent une sorte de caste de surdoués, en bien ou en mal, en soulignant précisément le caractère traumatisant du rapport au monde conflictuel des surdoués qui les unirait tous en les enfermant paradoxalement dans une solitude un poil inexorable. Des capacités intellectuelles supérieures ne sont jamais ni un atout ni un désavantage, mais plutôt un relief à une personnalité, un caractère qui va un jour ou l’autre se déterminer pour lui-même. Surdouée dans une famille de surdoués où convergent pas mal de classes sociales et de professions, si effectivement je ressens une certaine facilité à communiquer avec des surdoués, mes expériences avec ceux-ci divergent grandement.
    Pourrait-on cesser de contempler la surefficience et de la mystifier à l’aide de logique de valeur et d’identité et pourrait-on pour une fois donner des clés pertinentes aux enfants/adolescents/adultes surdoués qui leur permettraient de se détacher de ou de se réconcilier avec cette condition de leur intelligence pour pourvoir enfin revendiquer une identité propre ?

    (Beaucoup d’approximations dans ces paragraphes et surtout de truchements de votre article, qui était vraiment de très bonne qualité et des ouvrages cités, qui ont sûrement aidés beaucoup de gens. Et il est vrai que ces livres tournent autour d’être surdoué sans pour autant pousser les gens à en faire une revendication identitaire et je suis certaine qu’en consultation, il en est autrement. Mais j’ai eu quelques échos négatifs sur les institutions pour surdoués qui m’ont poussé à écrire ces lignes quand même. Au moins, c’est dit.)

    • Merci pour ce long commentaire !

      Effectivement, la partie 3 est sans doute un peu dure avec les 4 ouvrages et le ton employé par leurs auteures, je plaide l’indulgence du lecteur ou de la lectrice : je ne pouvais plus les voir en peinture, aucun des 4, à la fin de la rédaction (et j’ai été influencée par deux ami-e-s à moi qui n’apprécient pas du tout le terme de « zèbre » employé par Siaud-Facchin : à force de les entendre me demander si l’ouvrage sur les adultes surdoués n’était pas un peu gnian-gnian, j’ai fini par le lire comme ça).

      Je suis assez d’accord avec la remarque sur la conclusion et la « caste des surdoués ». Pour moi aussi, la lecture de ces ouvrages (surtout les deux premiers, celui de Siaud-Facchin et celui de de Kermadec) a été un grand moment d’émotions et de déculpabilisation. C’est idiot, mais j’étais dans une phase d’instabilité émotionnelle à ce moment-là, et je me sentais coupable d’infliger mes sautes d’humeurs à mon entourage, de ne pas être assez « grande » pour les contrôler. Plus largement, le « diagnostic » de surdoué, puis la lecture de ces ouvrages, ont contribué à ce que cette « étiquette » occupe une place importante dans mon identité. Du coup, je me sentais un peu triste lorsque des gens de mon entourage me confiaient qu’ils avaient été « diagnostiqués », mais que ça ne représentait rien pour eux, alors que ça représentait beaucoup pour moi. Or, récemment, une connaissance que j’encourageais à faire le test m’a dit quelque chose comme « c’est pas une étiquette que j’ai envie d’ajouter à mon identité pour le moment, j’ai déjà envie de savoir qui je suis avec les étiquettes à ma disposition » (évidemment, ce ne sont pas ses mots, mais c’était l’idée). Bref, je souscris complètement à cette phrase : « Pourrait-on cesser de contempler la surefficience et de la mystifier à l’aide de logique de valeur et d’identité et pourrait-on pour une fois donner des clés pertinentes aux enfants/adolescents/adultes surdoués qui leur permettraient de se détacher de ou de se réconcilier avec cette condition de leur intelligence pour pourvoir enfin revendiquer une identité propre ? « . Savoir que j’étais surdouée, ça m’a aidé. Mais pas tant que ça.

  3. Bo

    Merci pour cet article !

    Parfois, alors que je me réveille en plein milieu de la nuit et que je commence à me poser des questions sur le sens de la vie ou sur mon état de santé mentale, je me lis un petit article sur les surdoués, hop !

    Ça a le mérite de couper court aux angoisses et de me rappeler simplement pourquoi j’en suis là.

    J’ai lu quelques uns de ces ouvrages et j’avoue que j’ai été beaucoup moins finement critique que vous. J’ai eu, et ça arrive assez rarement, le sentiment que des gens cherchaient à me comprendre. C’est con mais pour la première fois depuis longtemps j’avais l’impression qu’on cherchait à prendre soin de moi.

    J’ai été « diagnostiqué » l’année dernière. Le fait de savoir, ça change tout. Et ça ne change rien. Mon faux self m’a littéralement sauté à la gueule et je réapprends doucement à apprivoiser les émotions que j’avais consciencieusement étouffées sous un intellect qui les transformait en informations compréhensibles avant et au lieu de les vivre. Entre autres choses.

    Ces ouvrages sont là pour expliquer un certain mode de pensée. Ils m’ont rassuré, au moins au début. Mais ils ne m’ont effectivement donné aucune clé. Quel ouvrage le pourrait ? Quel auteur d’y risquerait ? Qui a écrit « la recette du bonheur pour les gens normaux » qu’on lui demande un tome 2 dédié aux surdoués ?

    Le repli identitaire sur la surefficience, c’est un risque, je le pense sincèrement, temporaire, en ce qui me concerne car je pense que nous sommes suffisamment intelligent pour faire la part des choses.

    Toutefois, j’attends avec impatience le livre qui nous parlera de ressemblance et non de différence. Celui qui ne fera plus de pronostic sur notre capacité à être heureux, à être aimé, à vivre en harmonie. Celui qui ne nous donnera pas de clé justement mais qui nous expliquera que, comme tout un chacun, il ne tient qu’à nous de vivre ce qu’on a envie de vivre.

    Peut être que c’est à nous de l’écrire.
    Et quand je dis nous je veux surtout dire vous 😉

  4. Enora

    Merci pour ce comparatif très fouillé et très éclairant !

  5. Coline

    « je ne peux pas m’empêcher d’y voir une campagne pour tenter de faire oublier ce qui est vraiment dérangeant dans l’existence même des surdoué-e-s : le fait que certaines personnes aient (sans avoir fait quoi que ce soit pour les « mériter », puisqu’ils sont nés avec) des capacités cérébrales supérieures à la moyenne, ce qui est contraire aux idéaux égalitaires et méritocratiques qui animent nos sociétés occidentales contemporaines. »

    Dans la même phrase S-Facchin peut dire « Le surdoué n’est pas plus intelligent, il est intelligent différemment […] sinon bah le surdoué a plus de mémoire, comprend plus vite, réfléchit plus vite ».
    C’est amusant. D’autant que le principe premier de détection se fait sur la base d’une évaluation de capacités intellectuelles/cognitives données, en l’occurrence supérieures à la norme (au sens statistique).
    C’est pas un gros mot, si ?

    Alors après oui l’évaluation en question ne résume pas forcément l’intelligence humaine et blablabla.
    Oui ok, mais il n’empêche que pour ce qu’elle évalue, ya du plus. Et c’est ce constat-même du plus qui amène à poser ce mot-là et le concept qu’il « contient ».

    (étant moi-même surdouée et psychologue, c’est à ces deux niveaux que je trouve ce type de discours fatigant)

  6. Sakura

    Beaucoup de fatigue à cause de ces reflections qui sont somme toute la apanage de tous les humains à bien y regarder

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